
jeudi 19 mars, 2026 19h30
Maison des arts Desjardins Drummondville175 Rue Ringuet, Drummondville
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Carmen et les trois trombones
Programme
Symphonie de chambre op. 110a (arr. Barshai)
Crisantemi
Concerto pour trois trombones
Suite Carmen
La grisaille de l’hiver tire à sa fin, mais la lumière prend parfois du temps à resurgir. À l’image de notre époque, on vous présente un concert unique, à la fois sombre et lumineux, chargé de colère et d’humour, mais surtout rempli du plaisir de partager la musique avec vous. Une occasion rare d’entendre un concerto pour trois trombones brillamment interprété par notre section de trombone au grand complet et de vivre la folle adaptation de la musique de Carmen de Bizet par le compositeur Rodion Chtchedrin.
Arrivez tôt !
Dès 18h30, joignez-vous à nos Jeunes musiciens et musiciennes à l’avant-scène pour une prestation musicale d’une vingtaine de minutes dans l’Espace Desjardins. Profitez-en aussi pour essayer le trombone aux kiosques offerts par Twigg musique.
Poursuivez l’expérience après le concert !
Retrouvez-nous dans l’espace Desjardins après le concert pour une prestation du Stage Band de l’école Jean-Raimbault puis profitez-en pour échanger avec nos solistes, notre chef, nos musiciens et musiciennes, et d’autres membres du public autour d’un verre !
Dmitri Chostakovitch (1906-1975)
Symphonie de chambre op. 110a (arr. Barshai)
I. Largo
II. Allegro molto
III. Allegretto
IV. Largo
V. Largo
Le caractère pseudo-tragique de ce quatuor vient de ce qu’en composant, j’ai répandu autant de larmes que je répands d’urine après une demi-douzaine de bières.
– Chostakovitch
La Symphonie de chambre, op. 110a, est le nom que Dmitri Chostakovitch a consenti à donner à l’arrangement pour orchestre à cordes de son Quatuor no 8 en do mineur, op. 110, réalisé par l’altiste et chef d’orchestre Rudolf Barchaï. Le compositeur russe aurait même déclaré : « Eh bien, ça sonne mieux que l’original. »
Quant au Quatuor à cordes no 8 lui-même, Chostakovitch l’a composé alors qu’il se trouvait en voyage en Allemagne de l’Est, à l’été 1960. Trois petites journées; c’est tout le temps dont il aura eu besoin pour en compléter l’écriture. Avec son caractère hautement autobiographique, cet opus occupe une place à part dans le catalogue du compositeur. Non seulement Chostakovitch y cite-t-il plusieurs de ses propres œuvres, mais le Quatuor est traversé du motif à son nom, constitué des notes « ré – mi bémol – do – si », représentées par les lettres « D – (E)s – C – H », soit la première lettre de son prénom et les trois premières de son nom de famille, en russe. À son ami Isaak Glikman, il écrivait : « Je me suis dit qu’après ma mort, personne sans doute ne composerait d’œuvre à ma mémoire. J’ai donc résolu d’en composer une moi-même. On pourrait écrire sur la couverture : ‘‘À la mémoire du compositeur de ce quatuor.’’ »
C’est pourtant « aux victimes de la guerre et du fascisme » qu’est officiellement dédiée cette œuvre d’une incroyable force expressive. Dans son quatrième mouvement, Chostakovitch utilise d’ailleurs le thème révolutionnaire russe Torturé à mort dans une cruelle captivité, qui se transforme en une citation de Lady Macbeth, son opéra de 1932 qui lui avait fait connaître pour la première fois les foudres de Staline et la poigne de fer du parti communiste. Le Quatuor no 8 – notamment son iconique et dramatique deuxième mouvement – est l’un des quatuors à cordes les plus joués dans le monde.
Giacomo Puccini (1858-1924)
Crisantemi
Composée en 1890, Crisantemi précède les grands chefs-d’œuvre de Puccini, tels La Bohème (1896), Tosca (1900), Madame Butterfly (1904) ou Turandot (1926). Elle constitue pourtant l’œuvre pour quatuor à cordes la plus jouée du compositeur italien. C’est la mort du prince Amadeo di Savoia (duc d’Aoste et roi d’Espagne) qui inspire à Puccini cet opus, qu’il termine en une seule nuit. Il lui donne le nom de Chrysanthèmes, du nom de ces fleurs souvent associées aux rites funéraires. L’œuvre en un mouvement est brève, mais pleine d’intensité. Par ailleurs, Puccini s’en servira quelques années plus tard comme matériel pour son opéra Manon Lescaut. Elle est présentée ce soir dans une version pour orchestre à cordes.
Derek Bourgeois (1941-2017)
Concerto pour trois trombones
I. Allegro moderato, molto pesante
II. Andante maestoso
III. Presto feroce
La musique de Bourgeois possède une personnalité forte : amour du romantisme fin XIXᵉ-début XXᵉ, parodie, pompe impériale britannique, humour académique feint. Certes, je préfère les œuvres des années 70–80, mais peut-être le monde n’était-il pas prêt alors pour un romantisme aussi assumé à grande échelle.
– Tim Reynish
Pour ceux et celles qui se posent la question, Derek Bourgeois n’a aucun lien de parenté avec Patrick Bourgeois… loin de là! Il s’agit d’un compositeur britannique prolifique qui a œuvré toute sa vie au sein de grandes institutions musicales anglaises. Il a d’ailleurs choisi de terminer sa carrière comme directeur de la St Paul’s Girls’ School de Londres, un poste que Gustav Holst avait occupé quelques décennies plus tôt. Le catalogue de Bourgeois est impressionnant, voire même vertigineux. On y compte pas moins de 116 symphonies – soit 107 de plus que Beethoven, ainsi qu’une panoplie d’œuvres, tous styles confondus, qui mettent particulièrement en évidence les cuivres.
Le Concerto pour trois trombones, cordes et percussions, op. 56, date de 1977. Le chef d’orchestre Tim Reynish y décèle les influences de Béla Bartók – pour le rythme –, de William Walton – pour l’harmonie – et de Ralph Vaughan Williams – pour la mélodie du solo de violon. « C’est le Bourgeois que j’aime, écrira-t-il : spirituel, lyrique, acerbe, divertissant, imprévisible. » Pour le tromboniste basse Matthieu Bourget, le Concerto se distingue notamment par sa capacité à montrer toute l’étendue des instruments solistes. « Le thème principal traverse les trois mouvements de l’œuvre et se promène d’un trombone à l’autre, variant tantôt son rythme, tantôt sa métrique », ajoute-t-il.
Extraits, dans une version avec piano :
Rodion Chtchedrin (1932-2025)
Suite Carmen
1. Introduction
2. Danse
3. Premier intermezzo
4. Changement de garde
5. Entrée de Carmen et Habanera
9. Torero
11. Adagio
13. Finale
Lorsqu’on a demandé au compositeur russe Rodion Chtchedrin d’écrire la musique pour une nouvelle production du ballet Carmen, celui-ci était quelque peu embêté… C’est que, confie-t-il, depuis 1875, « le sujet est devenu trop inséparable de la musique de Bizet ». Imaginez si l’on vous demandait d’écrire la musique d’un nouveau film sur le Titanic… oseriez-vous tenter de supplanter Céline? Et donc au lieu de tenter de détrôner le compositeur français, Chtchedrin a plutôt choisi de tirer profit de l’immense succès de l’œuvre. En 1967, il concocte donc un brillant arrangement de l’opéra Carmen, pour orchestre à cordes et percussions, qu’il conçoit « non pas [comme] une révérence servile au génie de Bizet, mais [comme] une tentative de dialogue créatif ». La première a lieu le 20 avril 1967 au célèbre théâtre Bolchoï de Moscou. Les responsables de la culture soviétique censurent d’abord l’œuvre, qu’ils trouvent maladroite et parfois trop salace, mais grâce à l’intervention de Chostakovitch, la Suite Carmen est progressivement réintégrée dans les théâtres. Son succès ne s’est par la suite jamais démenti. Rodion Chtchedrin est surtout reconnu pour sa musique de ballet, et pour cause, sa femme Maïa Plissetskaïa était une danseuse étoile du Bolchoï!

