
jeudi 19 novembre, 2026 19h30
Maison des arts Desjardins Drummondville
175 Rue Ringuet, Drummondville
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Classique ou pas, j’y vais!
Programme
Restless Oceans
Symphonie n° 1
Concerto pour violoncelle
Symphonie classique
Un concert tout ce qu’il y a de plus classique. Vraiment ?
Des musicien·ne·s qui chantent, crient et tapent du pied. Une symphonie écrite par une femme en plein 19e siècle. Un concerto pour violoncelle d’un compositeur toujours vivant et une Symphonie classique… qui ne l’est pas tant que ça. Le tout sous la direction de la jeune et brillante cheffe invitée Monica Chen.
Bref, un concert de musique classique pas du tout classique, mais dont les œuvres deviendront, on l’espère, des classiques. Vous suivez? Nous non plus. Mais l’important, c’est que vous passerez une maudite belle soirée.
Alors, classique ou pas, j’y vais !
Arrivez tôt !
Dès 18 h 30, nos Jeunes musicien·ne·s à l’avant-scène donnent le ton. Dans l’Espace Desjardins, prenez un verre et laissez-vous surprendre par nos médiateur·trice·s ambulants qui vous feront découvrir autrement les compositrices au programme et la place des femmes dans l’histoire de la musique.
Poursuivez l’expérience après le concert !
Après le concert, venez échanger en bord de scène avec la cheffe et le soliste et prolongez la soirée autour d’un cocktail en compagnie des musicien·ne·s de l’orchestre.
Anna Clyne (née en 1980)
Restless Oceans
Mon intention était de composer une œuvre engagée qui célèbre la force des femmes.
– Anna Clyne, à propos de Restless Oceans
Restless Oceans (Océans agités), est l’œuvre de la compositrice anglaise Anna Clyne, écrite pour la cérémonie d’ouverture du Forum économique mondial de Davos en 2019. Clyne s’est inspiré du texte A Woman Speaks de la poétesse afro-américaine Audre Lorde, dont l’usage métaphorique des notions de temps et de cosmos lui permet de présenter une vision empuissancée (empowered) de la féminité noire.
I seek no favor
untouched by blood
unrelenting as the curse of love
permanent as my errors
or my pride
I do not mix
love with pity
nor hate with scord
and if you would know me
look into the entrails of Uranus
where the restless oceans pound
– Audre Lorde, A Womans Speaks, extrait
Restless Oceans alterne entre passages agités, qui rappellent le caractère percutant du Sacre du printemps de Stravinsky, et lyrisme majestueux. Soyez attentifs, les membres de l’orchestre pourraient être appelés à faire plus que de jouer leur instrument…!
Emilie Mayer (1812-1883)
Symphonie n° 1
I. Adagio – Allegro energico
II. Adagio
III. Allegro vivace
IV. Adagio – Allegro
Emilie Mayer a vécu à une époque où plusieurs jugeaient les femmes incapables de comprendre les rouages de la théorie et de l’écriture musicales. N’étant pas admise dans les établissements d’enseignement supérieur, elle s’est donc tournée vers des leçons privées avec le compositeur allemand Carle Loewe. Celui-ci a vite remarqué le talent inné de la jeune musicienne, qui évidemment manquait d’une certaine structure (on se demande pourquoi…). Il affirma donc : « Vous ne savez rien et vous savez tout à la fois! Je serai le jardinier qui fera grandir votre talent, du simple bourgeon jusqu’à l’éclosion d’une fleur magnifique. » (Pour ceux qui en douteraient, il s’agissait à l’époque d’un commentaire positif et non condescendant.) C’est en 1947, alors qu’elle est l’élève de Loewe, que Mayer compose sa Symphonie en do mineur, la première des huit qu’elle allait écrire. Idiomatique du Romantisme naissant, on y retrouve l’influence de Beethoven et certaines couleurs qui rappellent Schumann ou Mendelssohn. Mais Emilie Mayer a sans contredit un style bien à elle, notamment grâce à ses harmonies innovantes, son intensité dramatique et son orchestration colorée. Malgré des vents de face, elle a revendiqué le droit de composer et de s’exprimer à travers la musique. Bien que son chemin vers la postérité ait été semé d’embûches, son nom refait de plus en plus surface dans les salles de concert.
Denis Gougeon (né en 1951)
Concerto pour violoncelle
I. Prélude et ritournelle
II. Nocturne
III. Coups d’archet héroïques
Pour moi, il est important que l’auditeur ait un accès immédiat à la musique, on n’a pas à le faire languir inutilement.
– Denis Gougeon
Le Concerto pour violoncelle du Granbyen Denis Gougeon est une commande d’I Musici de Montréal, afin de célébrer le 35e anniversaire de l’ensemble. Dès la création de l’œuvre à la Maison symphonique en mai 2019, la partie soliste était tenue par son dédicataire, Stéphane Tétreault, « un musicien sensible, énergique et inspirant » selon les mots du compositeur. Le Concerto commence avec « Prélude et ritournelle », où le violoncelle est à nu, sans enrobage orchestral. Le mouvement entier consiste en une sorte de cadence où l’instrument solo élabore peu à peu une ritournelle rapide et dynamique. Le violoncelle s’habille de l’orchestre pour le deuxième mouvement, « Nocturne », inspiré du tableau Chant d’amour à la nouvelle lune de Paul Klee. Le chant pur du violoncelle se dépose sur un ostinato d’arpèges au vibraphone, avant de se laisser entraîner vers les hauts registres « dans un nuage harmonique en constante modulation, comme une spirale ascendante », décrit le compositeur. Enfin, on retrouve dans le troisième mouvement la rapidité, la virtuosité, l’expressivité et le plaisir que la toile Coups d’archet héroïques (toujours de Klee) évoque à Gougeon.
Serge Prokofiev (1891-1953)
Symphonie classique
I. Allegro
II. Larghetto
III. Non troppo allegro
IV. Molto vivace
La Symphonie classique est un enchantement; façon de Mozart inédit, elle en possède toute la grâce, la fluidité, la divine perfection, et son instrumentation jaillit en gerbes cristallines. Il était impossible de réussir un pastiche avec plus d’ingéniosité et de science. Car chez M. Prokofiev, artiste complet, le savoir égale l’imagination.
– Florent Schmitt
En 1916, alors que la Russie bouillonne, que le peuple gronde et que le régime tsariste s’effondre, le plus gros souci de Sergueï Prokofiev semble être de savoir s’il arrivera à composer sa Première Symphonie sans avoir recours au piano. Pour la première fois, il est seul devant son encrier et son papier à musique, avec l’espoir que cette façon de travailler enrichira son matériau mélodique. Prokofiev s’est donné comme défi de composer une symphonie telle qu’elle aurait pu être écrite par Haydn ou Mozart, mais de la pimenter comme si ces grands compositeurs avaient vécu jusqu’au début du XXe siècle. Un peu à l’image d’une pizza margherita à laquelle on aurait ajouté des ananas, la Première Symphonie possède une instrumentation et une structure classiques, mais ce regard complice avec le XVIIIe siècle s’accompagne d’une inventivité thématique, d’une conception harmonique et d’une virtuosité – certains évoquent la bravoure des instrumentistes – propres au compositeur russe. La Symphonie classique constitue une sorte d’au revoir puisque peu de temps après en avoir dirigé la création à Petrograd en avril 1918, Prokofiev quitte sa Russie natale vers l’Amérique.
© Gabriel Paquin-Buki

