Triomphe de l’alto

jeudi 18 avril, 2024 19h30

Maison des arts Desjardins Drummondville175 Rue Ringuet, Drummondville, QC J2C 2P7


Acheter un billet
Abonnez-vous

Programme

Notre saison se termine de façon épique avec la présentation du Concerto pour alto de Walton interprété par le Drummondvillois Wilhelm Magner, suivi de la monumentale 5e symphonie de Chostakovitch. Œuvre phare de ce génie du 20e siècle, elle dépeint avec intensité et émotion toute l’ambiguïté et la complexité de notre monde moderne.
« Ma rencontre avec la musique de Chostakovitch à l’adolescence a été un véritable choc. La musique que j’aimais déjà profondément s’ancrait pour la première fois dans le réel. Elle devenait discours, devenait engagée, devenait revendication. Mais en même temps, la musique de Chostakovitch porte en elle toute l’humanité, avec ce qu’elle a de beau et aussi ce qu’elle a de laid. Cette rencontre a fait naître en moi la certitude que la musique peut créer du sens, même au milieu du chaos. »

Julien Proulx


Chef d’orchestre

William Walton (1902-1983)

Concerto pour alto

I. Andante moderato
II. Vivo
III. Allegro moderato

Compositeur assez méconnu, William Walton est contemporain de ses deux compatriotes Ralph Vaughan Williams et Benjamin Britten. Autodidacte, il s’inspire entre autres de l’héritage britannique et de l’influence germanique et s’inscrit dans le courant postromantique. Son catalogue comprend autant des opéras, des symphonies, des concertos que de la musique de film, mais c’est sans aucun doute le Concerto pour alto qui a fait sa renommée.

Emblème du répertoire pour alto, le concerto est composé en 1929 pour le célèbre altiste Lionel Tertis qui refuse cependant de jouer l’œuvre, la trouvant trop moderne. C’est finalement le virtuose et compositeur Paul Hindemith qui en donne la première interprétation aux Promenades concert de Londres. Exploitant la sonorité riche et profonde de l’alto, Walton explore différentes facettes de l’instrument dans ses trois mouvements.

L’Andante moderato plonge l’auditeur dans un univers à la fois lyrique et introspectif où l’alto dialogue avec l’orchestre dans un échange riche en couleurs et en textures. Caractéristique des multiples influences de Walton, on y reconnaît une certaine couleur scandinave, certains accents d’Europe de l’Est et même quelques emprunts au Groupe des Six. Le deuxième mouvement, Vivo, se caractérise par son énergie et sa vivacité. Scherzo endiablé, il met en valeur toute la virtuosité de l’interprète qui doit s’affirmer aux côtés d’un orchestre très présent. Finalement, l’Allegro moderato alterne entre lyrisme et moments plus vifs, synthétisant ainsi l’œuvre d’une façon remarquable.

Le Concerto pour alto de Walton, qui concilie avec brio modernité et tradition musicale, s’est taillé une place de choix dans le cœur des altistes et du public. Par son mélange d’influences et la mise en valeur de la singularité de l’instrument, il demeure un incontournable pour qui souhaite découvrir l’univers de l’alto.

« Il est tout aussi difficile de surmonter le succès que de surmonter l’échec. »

William Walton

Dmitri Chostakovitch (1906-1975)

Symphonie n° 5

I. Moderato
II. Allegretto
III. Largo
IV. Allegro non troppo

Créée le 21 novembre 1937 à Léningrad sous la direction d’Evgeni Mravinski, la Cinquième Symphonie de Dmitri Chostakovitch demeure une œuvre phare d’une intensité émotionnelle saisissante. Écrite dans le contexte des répressions staliniennes, elle exprime toute la souffrance du peuple russe. Cette douleur est si bien traduite par la musique de Chostakovitch qu’elle devient presque physique à l’écoute de certains passages. L’orchestre – complété par l’ajout d’une section de percussions importante, un célesta, deux harpes et un piano – est d’une puissance inouïe. Les réactions du public lors de la création de l’œuvre sont bouleversantes. Plusieurs auditeurs éclatent en sanglots, d’autres se lèvent subitement de leur siège, plongés dans un profond désarroi.

Dès l’ouverture, le premier mouvement captive par son canon inquiétant marqué par un rythme pointé qui instaure une atmosphère d’angoisse palpable. Cette tension est rompue par l’Allegretto, un scherzo grotesque empreint d’un humour grinçant si caractéristique de Chostakovitch. C’est cependant le troisième mouvement qui constitue l’âme de la symphonie. Ce Largo sombre et poignant est une méditation introspective sur la douleur et la résilience humaine. Véritable explosion d’énergie, le final décoiffe avec ses cuivres triomphants et la répétition hypnotique de 252 La scandés aux violons. Cette conclusion d’un déploiement sonore extraordinaire est souvent interprétée comme une critique à peine voilée du régime oppressif de Staline. Rare compositeur ayant su naviguer sans trop d’encombres entre les exigences du Parti soviétique et ses propres élans créateurs, Chostakovitch réussit un tour de force dans cette Cinquième Symphonie en dénonçant avec ironie le triomphe de la dictature sur le peuple opprimé. Reflet troublant de l’âme d’une société privée de sa liberté, l’œuvre est malheureusement toujours d’actualité, expliquant probablement pourquoi elle bouleverse encore aussi profondément le public d’aujourd’hui.

« Quand un homme est désespéré, cela signifie qu’il croit encore en quelque chose. »

Dmitri Chostakovitch